Les professionnels de la toxicomanie aident les patients à explorer la possibilité que l'alcoolisme ou la toxicomanie d'un proche les ait affectés.

Les spécialistes en toxicomanie discutent des méthodes pour identifier les effets de l'alcoolisme d'autrui sur une personne, afin d'aider d'autres professionnels à en repérer les signes.

Lorsqu'une dépendance à l'alcool ou un trouble lié à la consommation d'alcool est présent au sein d'une famille, tous les membres sont touchés, y compris les enfants. Les adultes qui ne boivent pas d'alcool souffrent souvent de problèmes tels que la dépression, la violence psychologique et les abus sexuels. Les enfants et les adolescents peuvent ne pas exprimer verbalement ce qui se passe à la maison, mais certains indices sont perceptibles par les enseignants, les psychologues scolaires et d'autres intervenants : négligence, tenue vestimentaire inappropriée à l'école, mauvaise hygiène ou repli sur soi. Bien que les professionnels de la psychiatrie, de la psychologie et de l'éducation puissent déceler les signes d'une famille confrontée à un trouble lié à l'alcool ou aux drogues, les personnes concernées pourraient ne pas les percevoir. Interrogés directement à ce sujet, les membres de la famille peuvent se montrer sur la défensive.

Afin d'aider leurs patients, clients ou étudiants à comprendre l'impact de l'alcoolisme familial sur leur vie, les professionnels sont formés à être à l'écoute de leurs émotions et à les accompagner quel que soit leur niveau de compréhension ou d'évolution. Souvent, les clients parlent facilement de leurs difficultés et de ce qu'ils essaient d'améliorer. Le professionnel écoute, pose des questions et accompagne le patient jusqu'à ce qu'il soit prêt à aborder le sujet de la dépendance.

Certains clients sont orientés vers une thérapie familiale par les tribunaux spécialisés en toxicomanie ou en comportement en raison de violences conjugales. Quel que soit le type de violence – physique, psychologique ou verbale – il peut être plus facile pour les professionnels d'entamer un dialogue sur les éventuels problèmes de consommation de substances au sein du foyer. L'objectif est d'aider le patient à comprendre que, même s'il n'est pas lui-même touché par la dépendance, il en subit les conséquences et qu'il peut guérir, même si son proche continue de consommer de l'alcool et/ou des drogues de manière abusive.

Les groupes familiaux Al-Anon, qui incluent Alateen pour les adolescents, offrent un soutien à toute personne touchée par le problème d'alcool d'un proche. *93 % des membres indiquent que leur vie a été très positivement influencée par leur participation aux groupes familiaux Al-Anon, et 42 % de ceux qui bénéficient de services professionnels et assistent aux réunions Al-Anon estiment avoir constaté une amélioration de leur bien-être, de leur traitement, de leur suivi psychologique ou de leur thérapie depuis leur inscription.

Sondage de 2018 auprès des membres des groupes familiaux Al-Anon

Cette entrevue avec un panel de professionnels a été enregistrée lors du congrès international Al-Anon 2018 à Baltimore, au Maryland. Les professionnels interviewés étaient :

Nancy Duff-Boehm, docteure en psychologie clinique, Cleveland, Ohio, États-Unis
Mintie Grienke, M.Ed., conseillère/psychothérapeute, Winnipeg, Manitoba, Canada
Ann McGreevy, MA, superviseure des études psychologiques à FCPS, Frederick, Maryland, États-Unis
Hugh A. King Jr., docteur en médecine, psychiatre, Mandeville, Louisiane, États-Unis

Avis de non-responsabilité :

Al-Anon collabore avec des thérapeutes, des conseillers et d'autres professionnels, mais n'approuve, ne s'oppose ni ne s'associe à aucun professionnel, organisation ou entité. Les opinions exprimées ici sont strictement celles de leurs auteurs. Leurs commentaires reflètent leur expertise professionnelle et leur utilisation d'Al-Anon comme ressource pour leurs clients et patients touchés ou ayant été touchés par la dépendance à l'alcool d'un proche.

Transcription vidéo

Les professionnels de la toxicomanie aident les patients à explorer la possibilité que l'alcoolisme ou la toxicomanie d'un proche les ait affectés.

Nancy Duff-Boehm, docteure en psychologie clinique : « Lorsqu’un membre de la famille ignore que la consommation d’alcool d’un proche a des répercussions sur sa vie, comment l’aider à explorer la possibilité qu’il soit lui-même affecté par une dépendance à l’alcool ou aux drogues ? « Oui, je pense que notre public est majoritairement composé de professionnels, et vous savez donc qu’il faut beaucoup de formation et d’expérience pour cerner les émotions d’une personne sur le moment. Quel que soit le contenu de ses propos, c’est précisément ce que vous faites. Vous vous laissez guider par l'émotion et vous la suivez. Si la consommation de drogues ou d'alcool est en jeu, ça finira par se manifester. Mais si vous arrivez de l’extérieur et que vous dites : « On dirait que c’est lié à l’alcool » ou « On dirait que quelqu’un est dépendant », la personne va se mettre sur la défensive et vous empêcher d’accéder à cette émotion. Ma réponse est donc : suivez l’émotion.

Mintie Grienke, M. Ed., conseillère/psychothérapeute : Oui, je suis d’accord. Il est important pour moi d’accompagner le client peu importe son stade de prise de conscience ou de développement. Il s'agit simplement de le suivre, de poser des questions et d'être présente à ses côtés. Souvent, ils ont déjà une longue liste de griefs concernant ce qui ne va pas dans leur vie et ils sont prêts à en parler longuement. Souvent, ils ont une perception exagérée de ce dont ils sont responsables et de ce qu'ils essaient de changer. Et il faut, vous savez, qu’il y ait un certain niveau de préparation pour que le client puisse commencer à travailler sur son propre développement.

Hugh A. King Jr., MD, psychiatre : Je pense qu’il est important de présenter cela dans le contexte d’une autre question qui nous est souvent posée : celle des autres formes de maltraitance, qu’il s’agisse de violence psychologique, sexuelle, verbale ou conjugale. Cela permet fréquemment d’identifier les causes possibles de ces problèmes et facilite grandement la parole des personnes concernées, qui peuvent ainsi réaliser que ces violences se manifestent peut-être chez elles. La violence conjugale est un problème majeur lié à l'alcool et aux drogues, et certaines formes de violence verbale et physique sont également très problématiques. Dans le cadre de ma pratique, avant ma retraite, nous rencontrions beaucoup de personnes référées par les tribunaux, notamment les tribunaux spécialisés en toxicomanie et les tribunaux du comportement. L'objectif est de leur faire prendre conscience de l'impact de ces violences sur leur vie et de la nécessité d'agir pour les aider ; l'attention ne devrait pas se concentrer uniquement sur le toxicomane à un moment donné.

Ann McGreevy, MA, superviseure des études psychologiques au FCPS : Je pense qu'avec les enfants et les adolescents, on rencontre souvent des enfants qui semblent négligés. Ils arrivent à l'école mal habillés, leur hygiène laisse à désirer, ils sont très renfermés et n'expriment pas ce qui se passe à la maison. Pourtant, leur comportement révèle souvent des problèmes familiaux. Et comme on vient de le mentionner, il existe un lien étroit entre la toxicomanie et l’incarcération. Les élèves perdent leurs parents à cause de l'incarcération ou de l'indisponibilité de ces derniers. Donc, avec les enfants, on ne reçoit pas toujours l'information directement d'eux, mais de diverses manières.