J'étais assise dans la salle de spectacle d'une salle scolaire, L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Je regardais attentivement, car la scène me semblait étrangement familière. Soudainement, j'ai compris : c'est ce que ça veut dire d'être la fille d'un alcoolique. Ma mère est à la fois Jekyll et Hyde. Elle passe sans transition de l'amie à l'ennemie, ce qui me terrifie.

De l'extérieur, ma famille semble ordinaire : un père et une mère vivant avec leurs enfants dans une belle maison, avec un chien et deux chats. Mais si vous entrez dans ma vie, vous vous retrouverez plongé dans un véritable chaos émotionnel.

Mes angoisses commencent chaque matin. Qui va franchir la porte ? Est-ce la maladie de l'alcoolisme, ou la personne que j'aime ? Dois-je encore appeler à l'urgence ce soir ? Entendrai-je les mots doux et bienveillants d’une mère aimante, ou les diatribes acerbes d’un alcoolique cruel ?

J'ai dû mûrir plus vite que la plupart de mes camarades. D'innombrables fois, au beau milieu de la nuit, je me suis retrouvée plongée dans un désespoir absolu, regardant les ambulanciers monter les escaliers jusqu'à la chambre de ma mère, espérant qu'ils parviendraient enfin à guérir ma famille de cette maladie qui nous a volé nos vies.

J'ai passé tellement d'années à vivre des montagnes russes émotionnelles que ça a fini par me paraître étrangement normal. Je me sentais souvent ben seule. Je vivais dans la peur, avec une mère présente mais absente. À travers ces hauts et ces bas, j'ai trouvé Alateen, un refuge et un endroit où m'épanouir.

Chaque dimanche soir, je traverse les portes en bois d'une petite pièce où je suis entouré de jeunes comme moi, dont les proches ont sombré dans l'alcoolisme. C'est une réunion Alateen. Ici, les ados se rencontrent pour partager leurs histoires, leurs sentiments et leurs difficultés. Quand je suis ici, je sais que je ne suis pas seul.

Mes amis d'Alateen sont comme une famille, unis par les épreuves qui nous séparent de nos familles respectives. C'est lors de ces réunions que j'ai trouvé ma propre voix et que je peux partager mes frustrations et mes soucis avec une oreille attentive. En parlant avec mes pairs et en les écoutant, j'ai beaucoup appris sur moi-même. J'ai trouvé la force de voir ma mère comme une personne qui luttait contre la maladie. Maintenant, je me vois comme une personne tournée vers les autres, capable de garder le cap tout en tendant la main pour aider autrui.

Darian C.