Je suis allée à ma première rencontre Al-Anon sans aucune intention d'y retourner. Une amie m'a dit : « Je trouve ça utile. » Je me suis dit que j'allais essayer une fois et puis rayer ça de ma liste.

À ma grande surprise, j'ai trouvé cette première rencontre utile, malgré mon incertitude quant à la signification de certaines choses. J'ai été surprise de constater que les gens riaient beaucoup. Ils n'étaient ni sombres ni oppressés ! Et ils ont dit des choses vraiment sages et sincères. J'étais intriguée ; je voulais en savoir plus sur la façon dont ils en sont arrivés à ces conclusions.

À l'époque, j'étais furieuse contre mon frère alcoolique qui m'avait vertement critiquée devant nos parents quelques mois auparavant. J'étais profondément blessée que mes parents l'écoutent en silence, sans le contredire ni prendre ma défense. Avaient-ils complètement oublié qu'il était le mauvais garçon, celui qui leur avait causé tant de souffrance au fil des ans ? J'étais leur enfant chérie. Pourquoi ne m'ont-ils pas défendue ?

Avant cette première rencontre, je savais intellectuellement que l'alcoolisme était une maladie. Pourtant, je l'envisageais sous un angle moralisateur et individualiste. Puis, à Al-Anon, j'ai entendu dire que l'alcoolisme était une « maladie familiale ». Cette expression décrivait bien les ravages que l'alcoolisme de mon frère, et la réaction de ma mère face à lui, avaient causés sur la structure et les relations de notre famille. Mais il m'a fallu du temps pour saisir pleinement le concept de « maladie familiale ».

Vous voyez, mes parents ne buvaient pas. Du tout. Il n'y avait pas d'alcool à la maison quand j'étais p'tit, et mes parents évitaient les partys où on buvait beaucoup. Mes grands-parents ne buvaient pas non plus.

Mais ma mère nous racontait parfois, à nous les enfants, l'histoire que son père lui avait racontée à propos de son grand-père. Mon arrière-arrière-grand-père était un ivrogne, ce qui causait une grande honte et beaucoup de détresse à sa femme et à ses filles dans le petit village où ils vivaient. Selon cette histoire, mon grand-père avait décidé très jeune de ne jamais toucher à l'alcool, de peur d'y prendre goût. Ma mère était ben fière de son père. La morale de l'histoire était : soyez forts et bons, et ne buvez jamais d'alcool.

Au sein d'Al-Anon, j'ai graduellement compris le lien entre le concept de « maladie familiale » et ma propre famille : j'ai grandi avec une maladie familiale des attitudes, notamment envers l'alcool. Il n'est donc pas étonnant que, malgré de nombreuses preuves que mon frère buvait beaucoup et que cela posait problème (conduite en état d'ébriété, appels de prison en pleine nuit, difficultés financières), mes parents aient refusé d'admettre la réalité.

Ma mère adorait mon frère comme elle avait adoré son père ; il portait même le même nom. Il est impossible que son bébé soit alcoolique ! Tout était la faute des autres. Elle blâmait mon père, les amis de mon frère, et qui sait qui d’autre. Mon père était désemparé et abattu. Doté d’une forte volonté, il avait toujours su demeurer fidèle à ses convictions, en toute discrétion. Comment son fils pouvait-il être si différent de lui, si faible et sans principes ?

Al-Anon m'a aidée à analyser le rôle du blâme et du perfectionnisme, les principales attitudes et attentes malsaines présentes dans ma famille d'origine. J'ai appris que les sentiments ne sont pas des faits et que la seule chose que je peux contrôler, c'est ce que je fais de mes sentiments. Plus important encore pour moi, Al-Anon m'a donné des outils pour changer mes attitudes, car, même si elles étaient profondément ancrées, elles pouvaient effectivement être modifiées.

En travaillant les Étapes avec un parrain et en écoutant les témoignages lors des réunions, j'ai graduellement développé de la compassion pour mon frère, car lui aussi avait grandi dans une famille marquée par un trouble des mentalités. Et j'ai vécu un miracle grâce à Al-Anon : mon frère et moi avons surmonté notre éloignement et sommes devenus amis. Quand j'ai rejoint Al-Anon, j'aurais jamais pensé pouvoir dire « Je t'aime » à mon frère. Maintenant, je le dis sans hésiter.

Treize ans ont passé depuis ma première rencontre Al-Anon. Aujourd'hui encore, elle m'est d'un grand secours. Ma pratique et ma compréhension continuent de s'approfondir et de s'enrichir, et je suis profondément reconnaissante des encouragements bienveillants de cette amie.

Par Amy G.

Le Forum , mai 2024

N'hésitez pas à reproduire cet article sur le site Web ou dans l'infolettre de votre organisation, en y incluant la mention suivante : Reproduit avec l'autorisation de The Forum , siège social d'Al-Anon Family Group, Inc., Virginia Beach, VA, États-Unis.